Vous pensez que vous n'êtes pas photogénique ?

Après le sempiternel “Quand j’aurai perdu 10 kilos », la raison la plus invoquée pour éviter les appareils photo c’est « je ne suis pas photogénique ». Je sais que vous le répétez sans cesse, que vous vous crispez dès qu’on braque un appareil dans votre direction, que parfois vous refusez même carrément qu’on vous prenne en photo. C’est un jugement sans appel de votre part : personne ne peut prendre une bonne photo de vous!

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En fait, ce que j’entends derrière le « je ne suis pas photogénique », c’est « je ne m’aime pas en photo ». Ce qui revient à dire tout simplement « moi, je ne m’aime pas ». Alors là, pour la suite, je vous recommande d'écouter le Tedtalk que j’ai donné sur la scène du TEDxMontrealWomen en octobre 2016…

Si on en vient à se dire de telles choses, c’est parce que la photographie nous confronte à notre reflet : elle nous montre ce que nous percevons comme des défauts (qui sont souvent juste dans notre tête d’ailleurs), toutes ces choses que l’on n’aime pas, parfois de façon brute. Et après ce jugement personnel sans appel, vient le réflexe de survie : le rejet en bloc…

Et dans la société hyper narcissique dans laquelle nous vivons, le rapport à son image devient crucial.

Si on y réfléchit un instant, on s’aperçoit qu’on a souvent la même réaction lorsqu’on entend sa voix sur le répondeur. Un sentiment de malaise s’empare de nous, suivi de « j’aime pas ma voix » (ben voyons! Le contraire m’aurait étonnée!). Une fois qu’on a fini de s’autoflageller psychologiquement, il faut reconnaitre que cela est dû en grande partie au fait qu’on ne se voit pas et qu’on ne s’entend pas. Il y a des raisons psychologiques bien documentées sur le sujet : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4249988/

On ne se voit donc pas de la même manière que les autres nous voient ou nous entendent.

L’autre, c’est aussi le photographe.

Cet être masqué qui surgit de l’ombre, créé un moment de panique, et fige votre identité pour les années à venir… Vous vouliez avoir l’air « naturel » sur les photos… Vous pensiez que l’effet « surprise » jouerait à votre avantage… Il s’agit simplement d’une question de timing. Celui ou celle qui vous photographiait a évité de figer le moment pendant que vous mangiez, que vous parliez (moment où vous êtes presque assuré d’avoir une tête très bizarre), ou que vous riez aux éclats (le pire moment où votre menton se rentre et où le double menton apparaît!)… Naturel, vous disiez? Malheureusement le phénomène du « frozen face », c’est-à-dire le fait d’isoler une de vos expressions faciales durant un mouvement, aura de grandes chances de donner des résultats peu esthétiques.

D’où l’étiquette de non-photogénie que vous posez comme un autodiagnostic.

Cependant, on le sait, l'apparence que nous avons en photo est déterminée par notre manière de nous tenir. Et personne sauf les modèles (dont c’est le métier, rappelons-le!) savent bouger seul(e)s devant un objectif. Un autre critère objectif susceptible de condamner notre prestance concerne l'optique. La plupart des appareils photo de milieu de gamme sont incapables de rendre parfaitement les volumes et les couleurs. De plus, les ombres, les contrastes, la lumière, sont essentiels. Difficile de tout combiner sur les clichés pris à la va-vite sur un cellulaire.

Tout ça pour vous dire que « être photogénique », ça n’est pas votre rôle! Ce n’est pas votre métier! Tout le monde est photogénique!... avec le bon photographe.

Sa connaissance de la lumière, des angles, de la façon de faire bouger les corps, sont des révélateurs d’âme. Pour que la magie opère, il faut que la personne photographiée ait une bonne estime de soi. (Je vous entends déjà objecter que ça ne risque pas d’être votre cas!... Détrompez-vous, ça non plus, ce n’est pas à vous de le faire). Forcément, cela passe par la confiance. Confiance en soi, ou confiance dans le regard de l’autre qui vous fait vous sentir bien. Et soyons honnête, la confiance dans le regard du photomaton, du téléphone intelligent d’un ami, du « kodak » du cousin ou de la matante lors des réunions de famille, elle est assez limitée.

En effet, il y a photo et photo.

On a souvent à faire à un photographe pour des photos professionnelles ou pour des photos de famille. Celles dont on a « besoin ». Apparemment, faire des photos pour célébrer qui on est et se faire du bien, créer des souvenirs que l’on regardera dans 10, 20, 30 ans ou plus, cela ne nous traverse même pas l’esprit… et pourtant…

Revenons à nos moutons. Se faire photographier, professionnellement, c’est souvent une première fois pour beaucoup. Le malaise s’empare de vous, le stress, l’angoisse… et ses amies les réflexions « je ne m’aime pas en photo », « je déteste les photos », « je ne suis pas photogénique », etc. Mais quand une relation de confiance s’est établie avec le photographe, tout change. La consultation, la rencontre, le café échangé (ou le verre de vin, au choix), vont permettre cette connexion. À ce moment-là, la personne qui vous parle cherche à capter votre âme, pour être à même de créer des images qui vous ressemblent. La séance peut durer plusieurs heures (au studio, en général, comptez trois heures, maquillage et coiffure inclus dans ce temps).

Et vous vous retrouvez confronté(e) de nouveau à cet autre que vous semblez voir pour la première fois. Vous vous découvrez, non comme vous vous voyez dans le miroir le matin (si toutefois vous daignez vous y regarder vraiment), mais comme les autres vous voient. Belle. Rayonnante. Confiante.

C’est la surprise. « C’est vraiment moi, ça? ». Oui. Vraiment.

Les photos finales sont le résultat de cette rencontre de deux âmes.